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L’Académie royale de langue et littérature françaises : lieu de mémoire et de réflexion

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L’Académie royale de langue et littérature françaises : lieu de mémoire et de réflexion

L’Académie royale de langue et littérature française de Belgique (ARLLFB) nous fait découvrir les coulisses de son histoire et de ses activités. Rencontre avec Jacques De Decker, son Secrétaire perpétuel depuis treize années.

FW-B : Quelle est l’origine historique de l’ARLLFB?

Jacques De Decker : « En 1769, Marie-Thérèse d’Autriche fonde la Société littéraire de Bruxelles. Elle sera supprimée par Napoléon. Ce vide sera comblé sous le régime hollandais par Guillaume d’Orange qui restaure la Société littéraire de Bruxelles. Elle réunit des scientifiques, des artistes, des écrivains, toutes les disciplines étant représentées. A partir de là, plusieurs  dissidences vont se succéder. Ce qui aboutira finalement à la fondation en 1920 de notre Académie de Langue et de Littérature Françaises par Jules Destrée. De sorte qu’aujourd’hui la Belgique compte six académies (trois flamandes, trois francophones), dont une est établie à Gand, les cinq autres demeurant à Bruxelles.»

En quoi l’ARLLFB se distingue-t-elle de sa prestigieuse consœur, l’Académie française?

« Lorsqu’en 1920 Jules Destrée crée notre Académie, il a deux idées innovatrices. Dès le départ, il considère que les femmes y ont leur place, c’est un premier trait important qui la distingue de l’Académie française, qui ne suivra l’exemple belge qu’en 1981. Il a aussi innové en ouvrant l’institution à des littérateurs venant de toute la francophonie.»

Combien d’Académiciens compte l’Académie de Langue et Littérature françaises?

« Nous sommes quarante, suivant en cela le modèle de l’Académie française, mais Destrée a veillé à ce que ce nombre symbolique soit nuancé par l’admission de dix membres étrangers. L’Académie comprend aussi deux classes, celle des écrivains, et celle des philologues.» 

Quelle est la principale vocation de l’Académie?

« C’est d’abord un lieu de conservation, de réflexion et de défense de la langue française. C’est aussi une sorte de pari, qui s’impose de plus en plus, sur la pérennité de la littérature. Il nous importe d’entretenir la mémoire de la littérature et de la langue française telles qu’elles se sont pratiquées et se pratiquent en Belgique. Par ailleurs, notre travail comprend aussi l’édition d’ouvrages.»

Vous remettez également des prix? 

« Nous couronnons chaque année une quinzaine de lauréats. Ces prix sont financés par des mécènes qui définissent le genre d’ouvrages qu’ils aimeraient voir couronnés. Nous constituons ensuite des jurys pour choisir les heureux élus. Le prix est donc bien de la responsabilité de l’Académie, mais porte le nom du bienfaiteur qui en a défini la vocation.»

Pensez-vous qu’il existe une littérature francophone spécifiquement belge?  

« Etre belge, c’est vivre dans un pays spécifique, multiculturel, qui a ses caractéristiques propres qui se reflètent dans la littérature, et nous distinguent des Français, par exemple. Si vous lisez la façon dont ils parlent d’Amélie Nothomb, il est rare qu’ils ne fassent pas allusion à sa « belgitude ». Ce qui permet de dire que même si la Belgique venait à disparaître, il y aurait toujours une littérature belge. Signalons par ailleurs que, toute proportion gardée, la poésie est beaucoup plus présente dans le paysage belge que français. »

Ces spécificités permettent-elles à la littérature belge francophone d’exister malgré l’omniprésence de la littérature française ? 

« Vous connaissez quelques boutades sur la question : un critique français, Jean-Jacques Brochier, a dit un jour qu’ « un écrivain français sur deux est belge ». Tout cela est à la fois exagéré et assez vrai. Il y a un comportement, un exercice de la littérature qui nous est particulier comme il est particulier aux Suisses ou aux Québécois.» 

L’Académie peut-elle selon vous jouer un rôle de ciment entre les deux régions francophones du pays? 

« Oui, bien sûr, dans la mesure où on y affirme sa spécificité. Elle s’illustre chez nous non seulement par une expertise dans la pratique du français - il suffit de voir la renommée mondiale de nos grammairiens - mais aussi un patrimoine linguistique propre, à savoir le wallon. C’est une richesse que nous devons contribuer à cultiver.»

Propos recueillis par Philippe du Busquiel

Photo: Jean Poucet

Infos : www.arllfb.be 

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